mercredi 17 janvier 2018

Hélène Bijou ou la dernière danse de Patrice Lumumba

Mata Garbin joue le rôle d'Hélène Bijou dans le
film Lumumba de Raoul Peck. 
Fin août 1960, dans un jeune état à peine âgé de deux mois, le nouveau Congo est désormais libre de l’occupation belge, mais aussitôt pris avec ses propres luttes intestines.

Si le président Kasa-Vubu et le premier ministre Lumumba tentent, tant bien que mal, de cohabiter, certains pères de l’indépendance comme Albert Kalonji ont déjà jetés l’éponge de l’unité nationale.

Kalonji enclenche la sécession de son coin de pays, le Sud-Kasaï. C’est pour mâter cette dernière que Lumumba y envoie les troupes de l’armée. Pour cette opération, le groupe de soldats conduit par Mobutu utilisa une force excessive qui se résulta par un bain de sang. Cette brutalité est entrée dans les annales de l’histoire comme le tristement célèbre «massacre de Bakwanga ».

Cette boucherie fit un tollé, non seulement national, mais aussi au sein de la communauté internationale. La faute est imputée à Patrice Lumumba, car même s’il y a eu dérapage, l’ordre initial d’utiliser l’action militaire venait de lui.

Les Occidentaux, qui veulent la tête du jeune premier ministre non-aligné trouvent là une bavure parfaite à exploiter. Même Kasa-Vubu qui résistait aux pressions de destituer Lumumba, commence sérieusement à y penser, et le fera quelques jours plus tard.

S’il y en a un autre qui est vraiment déçu, c’est Kwame Nkrumah. À plusieurs reprises il a tenté, en vain, de convaincre Lumumba d’oublier l’option des armes pour mettre fin à l’autonomie créée par Kalonji. Le président ghanéen avait-il prévu ce scénario ? Mobutu qui travaillait déjà avec les assassins des services secrets français « La Main rouge », avait-il délibérément orchestré cette tuerie pour saboter son chef ? 

Des questions qui laissent le champ à beaucoup d’interprétations…

À ces accusations, la réponse de Patrice Lumumba est complexe, symbolique, voire poétique. Quelque temps après le massacre de Bakwanga (ancienne Mbujimayi), Lumumba…danse dans un bar, suivi d’une meute de journalistes.

En effet, le 1er premier ministre du Congo esquisse des pas de rumba avec une certaine Hélène Bijou. Cette dernière serait d’une beauté si précieuse qu’on la surnommait Bijou.

La scène semble banale, mais pour Anicet Kashamura, porte-parole et ami de Patrice Lumumba, elle est tout sauf anodine.  Dans son bouquin, De Lumumba aux colonels, Kashamura avance qu’en dansant avec Hélène Bijou, une Lulua, Lumumba voulait célébrer et se moquer de la fuite d’Albert Kalonji. Le but serait donc politique, et renverrait au conflit Lulua-Baluba qui fît rage, et dont Kalonji était un des principaux protagonistes.

Une autre hypothèse voudrait que Lumumba souhaitait exprimer à la presse internationale qu’il était au-dessus des guerres fratricides des ethnies congolaises. Qu’il savait trop bien que c’est eux, les colons, qui avaient monté cette tension entre Lulua et Baluba.

Toutes ces interrogations autour de ce moment entre Lumumba et Hélène Bijou ont continué à persister. Dans sa pièce de théâtre « Une saison au Congo », Aimé Césaire reprend la scène. L’écrivain martiniquais présente un Lumumba sentant sa vie s’écourter. Il veut d’Hélène Bijou qu’elle « danse sa vie » et qu’elle continue à être belle quand il ne sera plus de ce monde.

Bien que bouleversant l’ordre chronologique, Raoul Peck reprend aussi la partie de cette danse dans son film Lumumba.

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a toujours pas beaucoup d’informations sur cette Hélène Bijou, son nom de famille est toujours ignoré, comme si elle était volontairement passée entre les mailles du filet de l’histoire.

Toujours dans le livre De Lumumba aux colonels, Anicet Kashamura affirme qu’elle présidait un « comité de vigilance », exclusivement composé de femmes, pour protéger la sécurité de Patrice Lumumba dans les jours précédents sa fameuse fuite vers l’Est du pays et sa mort.

Ce que l’on sait cependant est qu’elle était une de ces « femmes libres » fréquentant les bars de Léopoldville. Et qu’aux yeux du monde, Hélène Bijou a été la dernière danse de Patrice Lumumba.



Mayamba Luboya 

vendredi 5 janvier 2018

La déconnexion émotionnelle de Joseph Kabila

Joseph kabila
Le 31 décembre 2017, dans son discours de fin d’année, le président 
« hors mandat » Joseph Kabila présente ses vœux à ses « chers compatriotes ». Comme à l’accoutumée, sa voie est basse, son ton est monotone et son attitude nonchalante. 

À peine quelques heures plus tôt, 8 personnes ont trouvé la mort et une quarantaine ont été blessées lors de manifestions organisées par l’Église Catholique. Et pourtant l’homme censé être le garant de la nation ne prononce pas un mot sur ces incidents. Pas de condamnations des violences, pas d’assurance qu’il y aura une enquête pour faire la lumière, pas d’offre de condoléances…rien!

Cela peut sembler étonnant aux yeux du monde, mais pour les Congolais c’est le Kabila qu’ils connaissent, ou plutôt ne connaissent pas, depuis 16 ans : d’un froid glacial. Dur d’avoir l’impression qu’il croit en ce qu’il dit tant il parle comme un robot, comme si on lui soufflait des phrases à l’oreille en temps réel.

Cette manière méprisante d’être détaché ne fait qu’accentuer le fossé entre une majorité des Congolais et lui.  

Il faut remonter à la colonisation belge pour se rappeler un dirigeant aussi froid. Car, tous les Congolais qui ont précédé Joseph Kabila à ce poste, de LD Kabila à Mobutu en passant par Kasa-Vubu, n’ont jamais été si peu démonstratifs d’empathie envers leurs compatriotes.

En 2016, Le Togolais Edem Kodjo était négociateur chargé de faciliter un dialogue entre le pouvoir congolais et son opposition, il a eu à côtoyer Kabila durant la médiation instiguée par l’Union Africaine. Dans une entrevue accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique, Kodjo décrit que le jeune président est d’une « sensibilité à la fois vive et rentrée…». La journaliste belge Colette Braeckman abonde dans le même sens, dans son ouvrage « les nouveaux prédateurs : politique des puissances en Afrique centrale », elle dit de Joseph Kabila que, selon son entourage, il passerait beaucoup de temps à lire et écouter ses critiques sur internet.

Que se cache-t-il donc derrière cette carapace de fer ? Cette froideur sans nom serait-elle un mécanisme de défense pour un être plus sensible que la norme ou Kabila n’est qu’un asocial incapable de ressentir la souffrance des autres ?

Il en revient aux spécialistes de la santé mentale de s’attarder sur ce cas. En ce qui concerne le Congolais lambda, peu importe le diagnostic, Joseph Kabila est le pire communicateur de l’histoire du leadership de ce pays.

Même l’éleveur parle à ses vaches. Comment peut-on penser conduire un peuple en jouant les muets mystérieux ?

Ce n’est surement pas à Joseph Kabila que l’on demandera d’être un tribun, mais il est d’un tempérament si désinvolte que l’on est on droit de se questionner s’il n’est pas émotionnellement déconnecté des Congolais ?  




Mayamba Luboya 

mercredi 13 décembre 2017

Les réseaux sociaux, un poison pour la solidarité des peuples ?

Des migrants de l'Afrique subsaharienne en captivité en Libye.
Solidarité, voilà un mot international, traduisible dans toutes les langues, conceptualisées dans toutes les cultures.  Quand nous nous remémorons que l’homme est animal social, le terme prend tout son sens. 

En effet, se sentir solidaire, n’est-ce pas là une des manifestations les plus humaines?


Même dans les sociétés les plus individualistes comme les États-Unis où «l’American Dream» ne se conjugue qu’au singulier, les taxes, impôts, et «food stamps» viennent rappeler aux plus fortunés qu’il est une obligation de faire un pas vers les plus précaires.

De même, lorsque l’on apprend qu’en Libye, en Mauritanie et ailleurs dans le monde des hommes sont mis en esclavages, l’être humain, partout où il se trouve, devrait monter au créneau contre ces pratiques irréelles avec la dernière énergie.

Curieusement, face à cet affront de la dignité humaine, la réponse est faible, ou plutôt, disproportionnée. C’est que la vague d’indignation sur les Facebook, Twitter et Compagnies, ne s’est pas traduite dans les rues, devant les ambassades ou dans les cotisations pour aboutir à des projets concrets. La révolte est restée numérique, laissant la révolution sur le pavé.

En réagissant sur les réseaux sociaux, nous sommes dans l’illusion d’avoir fait notre part. Que quelqu’un quelque part se chargera de mener le combat plus loin ! Le problème est que tout le monde attend ce, «quelqu’un quelque part».

Les réseaux sociaux sont comme l’argent : un bon serviteur, mais un bien mauvais maître. En effet, ces technologies sont d’excellents outils de communications, mais ils atteignent leur seuil d’incompétence lorsque l’on veut en faire un chef de file. 

Changer sa photo de profil Facebook pour contester l’esclavage d’êtres humains en Libye, c’est comme aller à la guerre avec un couteau de cuisine.

À l’instar des jeux vidéo, il y a quelque chose de «dangereusement confortable» dans les réseaux sociaux. Une sorte de bon vivre virtuel qui crée, lentement mais surement, une déconnexion bien réelle. Ce que les spécialistes de la question appellent la cyberdépendance a subtilement empoisonné toutes les sphères de notre société. 

Nous sommes bien loin des années 60 où des manifestations spontanées dans les capitales du monde avaient eu lieu pour dénoncer l’assassinat d’un... jeune premier ministre congolais, Patrice Lumumba.  N’est-il pas ironique que près de 60 ans plus tard, nous ayons fait un grand pas en avant technologiquement pour faire un bond en arrière humainement? Qu’un instrument crée pour nous rapprocher nous a distancés émotionnellement?  

La Ligue des Noirs du Québec aura le défi de répondre à ces questions. En effet, elle invite toute personne à participer au grand rassemblement qu’elle organise contre l’esclavage en Libye, ce samedi 16 décembre - 12h00 au parc Toussaint Louverture à Montréal. 

Une initiative qui veut redonner à l’homme sa grandeur, une démarche ô combien salutaire à l’heure où tout se règle en ligne en moins de 140 caractères.

Mayamba Luboya

lundi 16 octobre 2017

Sankara wetu


15 octobre 1987 - 15 octobre 2017, 30 ans déjà que l'homme intègre, Thomas Sankara, est disparu. Si l'ancien jeune président nous a quittés, son nom est resté dans la mémoire collective africaine, comme si son esprit gardait jalousement le siège du burkinabe le plus célèbre dans le salon des révolutionnaires d'Afrique. 

30 ans, c'est peut-être le temps qu'il fallait pour comprendre la pensée complexe de Thomas Sankara. Son génie est frappant quand on constate qu'au milieu des années 1980, dans une Afrique de tous les maux, il avait déjà élaboré des concepts biens précis sur l'écologie, l'égalité hommes-femmes, et autres sujets visionnaires pour cette époque.

Mais, s'il y a quelque chose que Sankara avait bien compris de son vivant, c'est la force des symboles. Là encore, il était en avance sur son temps. Même aujourd'hui où certains trouvent anecdotique de faire battre sa monnaie à l'extérieur de son continent, où une certaine capitale africaine est toujours nommée à l'honneur de Pierre de Brazza...Sankara avait saisi que Haute Volta ne sonnait pas très africain, d'où la nécessité de rebaptiser le pays Burkina Faso.
Même chose pour l'impérialisme, il savait pertinemment que ce n'était pas forcement une armée américaine de 3 000 hommes, c'était, comme il le vulgarisait si bien : « le t-shirt que vous portez ».

Le vieux (il aurait 67 ans aujourd’hui), doit tout de même sourire de là où il est. Car même mort, son rêve panafricain a fait sa petite route de chemin : son patronyme n'a pas de frontière en Afrique, ses concepts n'ont pas besoins de visas, son caractère a fait des petits partout sur la terre mère, bref, tout le monde s'est approprié la figure Sankara.

Une appropriation telle que même dans le village de mon père, chez les Bakwa Ndaba du Kasaï en RDC, le nom Sankara ne passerait pas inaperçu.  Ils l'appelleraient « notre Sankara », bien entendu dans la langue locale, en ciluba, « Sankara wetu ».


Mayamba Luboya

samedi 14 octobre 2017

Palabre sur le franc CFA : une question de caractère


Manifestation contre le FCFA
Le 10 novembre 1963, devant une foule conquise à Détroit, Malcolm X, dans son éloquence habituelle, fait une analogie qui restera marquée dans l’histoire de la lutte d’émancipation des afro-américains : the house negro & the field negro.


Pour le porte parole de la Nation of Islam, mélangeant brillance et sarcasme, au temps de l’esclavage des noirs aux États-Unis il y avait deux sortes d’esclaves : celui de la maison et celui des champs.

Le premier, comme son nom l’indique, habite dans la demeure du propriétaire. Il est docile et réfractaire au changement tant il se sent protégé et pris en charge par le maître. Il est domestiqué et apprivoisé à se sentir à l’aise dans le système. Le deuxième est dans les champs, il vit quotidiennement la cruauté de l’asservissement, il prie pour la mort du maître, et n’a qu’un seul rêve : s’enfuir de cette plantation pour créer un monde meilleur.

Prophète Malcolm X ? Surement, car sa métaphore est toujours d’actualité 50 ans plus tard. Aujourd’hui, le débat sur le franc CFA reflète drôlement les propos du prêcheur panafricain. 

Le FCFA, d’abord franc des colonies françaises d’Afrique, pour ensuite être rebaptisé - marketing oblige - franc des communautés financières d’Afrique, est un héritage colonial, monnaie fabriquée en France et appartenant à la zone franc, toujours la devise de 14 pays africains près de 60 ans après les « indépendances ».

Ce billet, une bonne partie d'Africains, surtout la jeunesse, n’en veut plus. Ils aspirent à gérer leur propre destin, rêvent d’une monnaie unique africaine qui pourra un jour, pourquoi pas, concurrencer avec le Yuan, l’euro et le dollar.

Désir tout à fait normal et légitime, direz-vous. Après tout, presque tous les peuples du monde, à quelques exceptions rares comme le Japon, ont été à un moment donné de leur existence soumis à une tutelle avant de se relever et exercer leur droit à l’autodétermination. 

Mais, sortir du FCFA fait débat en Afrique. Une autre partie d’Africains, dont plusieurs chefs d’état, sont totalement adverses à quitter cette structure.


Les arguments des pros-FCFA

Pour les partisans du FCFA, cet argent ne cause aucun problème de souveraineté aux pays membres. D’ailleurs, la question du FCFA serait essentiellement économique, donc ne devrait en rien concerner les politiques, groupes de pressions et autres donneurs d’opinions de nos sociétés.

Les défenseurs du FCFA sortent quelques chiffres du FMI démontrant que les pays africains sous le FCFA ont eu plus de succès, dans certains domaines, que ceux en dehors. Que le fait que le FCFA soit géré par la France serait beaucoup plus de l’aide de bonne volonté aux pays aux faibles économies que de la recherche de profit ou autres intérêts quelconques, car la monnaie qui circule dans une quinzaine de pays d’Afrique ne pèse pas lourd sur le PIB français.

Mais l’argumentation la plus populaire chez les pros-CFA est la stabilité. Le FCFA est stable, c’est un fait, et ses souteneurs craignent le risque d’une dévaluation et autre catastrophe s’il fallait changer de devise.


L’Afrique est grande maintenant

Et pourtant des solutions de rechange existent. Plusieurs pays sont sortis de la zone franc et ne sont pas morts pour autant. Il existe d’autres états, comme celui de la Corée du Nord avec une monnaie près de 2 fois plus dévaluée que le FCFA, mais tout de même avec un PIB par habitant avoisinant celui du Burkina Faso par exemple.

Des économistes de renoms comme Nicolas Agbohou et Mamadou Koulibaly ont publié des pistes de solutions depuis des années. Les pays membres du FCFA ne sont donc pas devant l’inconnu, comme un affranchi qui, une fois sa liberté reprise, ne sait guère où aller.

L’Afrique est-elle cette grande ado dans un corps d’adulte ? Se refusant à vieillir, elle a atteint l’âge mature de vivre seule, mais compte toujours sur ses parents pour l’aider à payer le loyer..

Nos ancêtres n’avaient pas de PhD en économie, mais ils savaient pertinemment que manager sa monnaie au Portugal ou en Allemagne n’était pas très brillant.


Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage


1851, en pleine période de la traite des noirs aux États-Unis, un médecin américain inventa de toute pièce une maladie mentale propre aux esclaves noirs, la « drapétomania ». Cette « indisposition » était décrite par son concepteur comme : la façon récurrente d’esclaves à s’enfuir de leurs lieux de captivités. D’où « drapete », signifiant fuyard en grec ancien, et « mania » désignant folie.   

Aujourd’hui, la maladie à la mode que l’on veut coller aux africains qui veulent sortir du FCFA c’est, l’émotion! Une sorte « d’émotionomania », une folie passionnelle qui empêcherait l’Africain de régler des questions sensibles avec lucidité.

La jeunesse africaine doit s’opposer à ce mépris avec la dernière énergie.


Une question de caractère


À travers ses observations, Charles Darwin remarqua que notre écosystème est fait de rapport de force dont seuls les plus aptes survivent à ces interactions.

Car, souvent plus que l’intelligence, le caractère est l’élément qui fait toute la différence. Comme si la nature ne tolérait aucune forme de faiblesse.

Le caractère ne s'apprend pas à l'école, ou peut-être, à l'exception, de la cour de récréation.

Le caractère est le frère ennemi de l'intelligence. Comme elle, il est inné et son développement est conditionné par son environnement. Ainsi, un sol propice lui permettra d'exprimer sa pleine potentialité et vice versa.

Mais contrairement à sa sœur, le caractère est fier! L'un n'est pas antagonique à l'autre, cependant leur cohabitation demande du doigté pour éviter que l'un ne piétine sur les plates-bandes de l’autre.

Longtemps, le caractère et l'intelligence se sont affrontés dans l'esprit des grands hommes. Lumumba, Churchill, Mao et autres ont tous eu besoin un jour de prendre une décision basée sur le caractère pour l’avenir de leurs peuples.

Pour ou contre le FCFA, chaque camp campant sur ses arguments, cette palabre nous démontre clairement qu’elle est belle et bien, une question de caractère.




Mayamba Luboya

samedi 12 août 2017

Vers l'indépendance mentale..

Frantz Fanon, Psychiatre et intellectuel engagé contre
l’aliénation coloniale. 

Début 1960, années de tous les espoirs. Après près d’un siècle sous un nuage colonisateur, les africains allaient désormais voir le soleil de l’indépendance. En effet, tour à tour, le vent de la liberté souffle sur le sable saharien : Ghana, Congo, Algérie, Kenya, et la liste continue, la férocité des dominants, n’a pu contenir, cette fois, la volonté des dominés.


Il parait que les situations difficiles créent des hommes forts, l’adage ne pourrait être plus vrai dans le cas de l’Afrique des années 60. L’humiliation d’être considéré comme des humains inférieurs à crée des N’krumah, Lumumba, Kenyatta. Tous ce beau monde au même endroit et au même moment, la table était mise pour ce fameux repas qui se mange froid.

La puissance de feu des occupants n’a rien pu faire contre ce momentum. Les leaders et le peuple ont sabrés le champagne, dansés « Independance cha cha » pour célébrer cette sortie du statut de colonie.

Bien entendu, les envahisseurs n’avaient pas dit leur dernier mot. Ils disposaient, vraisemblablement, d’un plan à long terme. À la minute qu’ils cèdent l’indépendance de la main gauche, ils imposent le néocolonialisme par la main droite : soutient de béni-oui-oui à la présidence à vie, assassinats de leaders populaires, détournement de l’élite de l’intelligence par l’immigration choisie après la création d’un climat invivable pour intellectuels, brefs, les maîtres du monde n’y sont pas aller de main morte pour reprendre le contrôle de ce qu’ils considèrent comme leur terrain privé.

L’erreur serait de croire que la colonisation n’était qu’une affaire de terre, elle était surtout, une affaire d’esprit. Les indépendances ont remis, juridiquement parlant, les clefs des frontières aux autochtones. Mais l’esprit est resté enchaîné, comme s’il s’agissait d’une clause non-négociable d’un pacte colonial. J’ai envie de dire que cela est normal, on ne reprend pas possession d’un corps humain comme on se rapproprie un poste frontalier. Ce dernier n’a pas d’âme, il n’est pas soumis aux lois du spirituelle.

Aujourd’hui, près de six décennies suivant son indépendance, l’africain est toujours en quête de sa repossession. Il a une longue liste de réflexes à éliminer avant de se posséder entièrement. Il ne suffit qu’à penser aux critères de beautés, pervertis par un sentiment d’infériorité, résultante de siècles de lobotomisation. Ainsi, on associera plus beau à plus clair, à une chevelure plus lisse, à un nez plus fin. 

C’est que l’aliéné méprise tout ce qu’il possède, déteste tout ce qui lui ressemble. Il est de cette catégorie de gens pour qui la pelouse est toujours plus verte chez le voisin.

Alors, il boudera sa langue locale au profit de l’occidentale. Il cachera son prénom pour celui de l’autre, il maîtrisera parfaitement l’histoire des peuples étrangers, mais aura des trous de mémoires quant à la sienne.

L’aliénation est subtile, elle est ce qu’il y a de plus vicieux. Elle crée un malaise chez l’atteint dès l’instant où il tente de se remettre en question.

Car, sortir de ce déséquilibre, c’est combattre son adversaire le plus coriace. Celui qui connait toutes nos faiblesses : soi-même.

L’estime de soi est la colonne vertébrale de l’individu, sans elle on est bancal, éternel assisté, supporté par les béquilles du complexe, à la merci de singer le premier venu.

Maintenant, la grande question est : comment mener un combat dans cet état d’esprit ? La réponse est : impossible. Même les conseillers en organisation suggèrent comme, condition sine qua non, de d’abord faire le grand ménage de sa maison avant d’envisager mettre de l’ordre dans sa vie et carrière professionnelle.

Ainsi, les indépendances de 60 nécessitaient une réforme agraire et nationalisation des entreprises.

Au tour de la nouvelle génération de lutter à mettre en application les préalables incontournables qui mèneront vers …l’indépendance mentale.




Mayamba Luboya 

jeudi 13 juillet 2017

Éloge des combattants Congolais

Des Combattants Congolais lors d'une manifestation en France.

Héros pour les Uns, zéros pour les autres, les sentiments sont ambivalents lorsqu'il s'agit de parler des combattants congolais. Là où ils font l'unanimité, c'est qu'ils suscitent les passions. Pas étonnant pour des êtres passionnés, qui se sont approprié les affaires publiques de leur mère-patrie avec un zèle sans précédent.  

À coup de vidéos quotidiennes sur YouTube, les combattants font ce qu’ils savent, et peuvent, faire : hurlent, mobilisent, et surtout, bloquent les concerts de grandes stars de la chanson congolaise.

Mais, pourquoi empêcher des spectacles de ses compatriotes ? Pour mettre l'emphase sur l'incohérence de la situation : comment se fait-il que le peuple qui détient le record de morts depuis la deuxième guerre mondiale est, au même moment, le plus danseur ? 

Pour répondre à cette question, il a fallu couper la musique. C'est la moindre des choses, tout le monde sait qu'il est ardu de réfléchir dans le bruit..

Mais, le plus grand fait d’armes des combattants, est la mouvance Combattant elle-même. Cette nébuleuse, ce genre de désordre organisé, c'est montré plus efficace que les 80% des centaines de parties politiques qui pullulent au Congo. 

Les combattants ont du génie, ils arrivent, tant bien que mal, à faire ce qu'aucun groupe politisé congolais n'a jamais réussi à réaliser : créer un mouvement holacratique. Une structure qui avale ses leaders, une organisation qui n'est pas suspendu aux lèvres d'un seul homme*, aussi grand soit-il. Ainsi, même les changements d'humeurs des plus célèbres d’entre eux, n'ont pas d'impact sur la base, celle ci reste indomptable. Elle n'a pas d'ambition politique, donc ne cherche pas à plaire. Elle demeure droite dans ses bottes, tel un gendarme du peuple.  

Bien sûr que ce genre de fonctionnement vient avec des failles, quel système n'en a pas ? Bien entendu que dans ce regroupement, il y a des individus mal intentionnés, quel troupeau n'a pas de brebis galeuses ? 

Mais, contrôler les égos de tout un chacun et se mettre au même diapason pour une cause commune relève déjà de l'exploit. Mettre tant d'énergie dans une cause sans calculer un poste, un gain financier ou tout autre retour d'ascenseur, mérite un applaudissement, pour quiconque connaît le milieu opportuniste qu'est la politique. 

Einstein disait que la « bêtise, c'est de répéter la même chose, et de s'attendre à un résultat différent». Les combattants ne sont donc pas bêtes, comme beaucoup de détracteurs aimeraient le faire croire. Ils innovent, à coup d'essai-erreur, ils redéfinissent les contours de la chose publique. 
Ils rangent dans les tiroirs, cette culture du Sauveur-tombé-du-ciel qui réglera tous vos problèmes par la pensée magique.

Ils sont la preuve que la politique est l'affaire de tous, qu'elle n'est pas statique, et réservée à une certaine élite.
Oui, il y a d’énormes lacunes, mais cela nous renvoi à l’éternel débat du verre à moitié, soit vous le voyez à demi vide, soit à demi plein. Tout est une question de paradigme.


L’histoire jugera.


Mayamba Luboya 

*Le masculin est utilisé pour alléger le texte, et ce, sans préjudice pour la forme féminine.